[Electronic Antiquity]

ELECTRONIC ANTIQUITY:
COMMUNICATING THE CLASSICS

Current Editor
Terry Papillon, Terry.Papillon@vt.edu
Volume 3, Number 6
February 1997


DLA Ejournal Home | Electronic Antiquity Home | Table of Contents for this issue | Search ElAnt and other ejournals


LE SINE ET SALOUM, REGION D'ORIGINE DES TUMULUS SENEGAMBIENS


Stephane Pradines,
Musee de l'Homme,
Departement d'Afrique Noire,
Palais de Chaillot,
75016 Paris,
France.
e-mail: pradapea%siam@cal.fr

Introduction:

Les tumulus en terre ou en sable du Senegal sont au nombre de 6868, repartis sur 1444 sites. A ceux-la s'ajoutent les 3448 tumulus des 452 sites de la zone megalithique. Ces tumulus comportent une pierre frontale a l'Est au lieu d'un simple piquet monoxyle. Enfin 903 tumulus coquilliers viennent completer l'ensemble. Au total les tumulus senegambiens sont au moins 11.219 sur une surface de 32.000 km2. La Senegambie, dans sa definition geographique la plus large, englobe les bassins fluviaux du Senegal et de la Gambie et la zone com prise entre les deux fleuves.

Nous allons voir que cette large repartition ne constitue pas un phenomene homogene, bien que les dates 14C fournies sur les sites fouilles dans le Sine et Saloum ou la moyenne vallee du fleuve Senegal ne presentent pas d'opposition chronologique. En l'etat actuel de la recherche, les tumulus senegambiens sont dates des deux premiers millenaires de notre ere, plus precisement du IVe au XXe siecle ap.J.C.

Les recherches archeologiques au Senegal sur les tumulus funeraires sont assez recentes, elles debutent avec les fouilles de Th. Monod a Dioron-Boundaw en 1939. Tres peu de tumulus funeraires furent fouilles apres l'entr eprise de J. Joire a Rao- Nguiguela en 1941. G. Thilmans fouilla un tumulus a Ndalane en 1971, puis quelques tumulus coquilliers dans les annees qui suivirent. Dix ans plus tard, P. Curdy et A. Gallay firent une fouille tres minutieuse d'un tumulus de la zone megalithique a Mbolop-Tobe. Enfin des prospections archeologiques recensant les tumulus furent menees a partir des annees 70 par V. Martin et C. Becker. En 1988, S. et R. McInt osh entreprirent a leur tour des prospections afin de localiser des sites d'habitats lies aux tumulus funeraires.

algre ces recherches, la connaissance des tumulus senegambiens est en core tres limitee. Nous pensons que l'ethnologie et l'histoire peuvent nous aider a poser certains problemes. Ainsi, la periodisation des grandes phases archeologiques pourrait etre definie sur des concepts ethniques, sociaux et politiques. Ces definitions seraient affinees par l'etude des cultures ceramiques associees aux differentes ethnies qui ont peuple la Senegambie. La region du Sine et Saloum semble etre un secteur-clef dans la comprehension du phenomene des tumulus senegambiens. Nous savons par des temoignages historiques que l'ethnie sereer batissait des tumulus funeraires dans cette region au moins depuis le XVIe siecle. Une de nos problematiques est d'attribuer une ou plusieurs origine(s) ethnique(s) aux tumulus du premier millenaire apres J.C. Car les tumulus senegambiens possedent plusieurs origines ethniques, certains sont attribues aux Sose, d'autres aux Sereer. Ces deux populations et surement d'autres ne se sont pas installees dans le Si ne et Saloum a la meme periode.

La diversite des monuments et rites funeraires plaide en faveur d'une coexistence ou d'une succession de plusieurs populations. Neanmoins, nous verrons que les monuments funeraires de cette region presentent des caract eristiques communes qui relevent certainement du meme fond culturel.

1 -- Les tumulus senegambiens: diversite des rites funeraires

1-1/ Les tumulus *Sereer*:

Les populations sereer vivant actuellement dans le Sine et Saloum continuent a batir des tumulus (neanmoins cette tradition est progressivement abandonnee). Nous savons par des temoignages historiques que les Sereer du littoral se servaient de coquillages pour edifier leurs tumulus depuis le XVIe siecle au moins. En effet, la matiere architecturale differe selon les possibilites d'exploitation du milieu. Il est possible de voir sur la cite des tumulus mixtes faits de sable et de coquillages. La definition des grandes cultures archeologiques du premier millenaire apres J.C. se fera donc a travers l'etude des vestiges materiels ; car les architectures et les positions des squelettes peuvent etre tres variables et correspondent a des entites sous-regionales.

Nous savons peu de choses sur l'archeologie historique de la periode dite des temps Modernes. Pour obtenir une bonne chronologie relative de la ceramique subactuelle en pays sereer, il faudrait multiplier les fouilles stratigraphiques des buttes a ordures puisque les sites d'habitats ne sont pas stratifies. Les habitations subactuelles sont difficiles a identifier et presentent peu de vestiges ceramiques contrairement aux zones de rejet des dechets domestiques. Ces dernieres se presentent sous la forme de tas d'ordures plus ou moins importants, appeles *Sind*.

Des 1941, les buttes a ordures de Mboy-U-Gar attirent J. Joire, mais il les delaisse au profit des tumulus de Rao-Nguiguela.

Pourtant ces depets consecutifs a une accumulation anthropique etaient supposes contempor ains de Ndiadiane Ndiaye, fondateur du Grand Jolof et avaient par consequent une valeur historique intrinseque.

Les sites recents ou subactuels en pays sereer sont appeles *Gent*. L'identification des sites d'habitats associes aux tumulus est tres difficile. Car les sites d'habitats, en dehors du Fouta-Toro, ne presentent pas d'accumulation stratigraphique. La nature des sites d'habitat en brousse ne se prete pas a une accumulation stratigraphique. Un village ne reste ja mais plus de 50-100 ans au meme endroit : les ordures formees par un village servent d'engrais pour les cultures, comme nous avons pu l'observer dans la region de Fatick. Le village se deplace et les vestiges de l'ancien habitat sont rapidement detruits par les labours. Heureusement la presence de baobabs peut permettre de reperer de loin les sites d'habitats subactuels ou recents. En effet, les cours et places des villages etaient et sont tou jours occupees par ce type d'arbre qui procure ombre et fraecheur.

Une prospection a ete realisee dans la region du Sine et Saloum du 22 au 26 fevrier. Le but de la prospection etait de mettre en evidence des sites d'habitats subactuels lies aux tumulus funeraires sereer abandonnes dans une zone non prospectee par S. et R. McIntosh (1988). Les prospections ont concerne les alentours des villages de Belikael, Tiombi, Khalambas, Tioupane, Gamboul Keur Matar, Ndalane, Belel Gadiali, Khombol, Peul Ngadiari et Yenguele. Tous ces sites sont situes entre Fatick et Kaolack, sauf le site de Yenguele, au sud-ouest de Niakhar, fouille par M. Lam en 1994.

M. Lam est le seul a avoir fouille un tumulus subactuel a Yenguele pres de Niakhar dans la region de Fatick. Les villageois de Yenguele exploitaient une termitiere comme carriere d'argile pour la confection de briques. Ils furent tres surpris d'y decouvrir des squelettes humains et des perles . M. Lam, chercheur a l'I.F.A.N., entreprit des fouilles de sauvetage. Le tumulus de Yenguele faisait 6 m de diametre et 80 cm de haut. A 60 cm de profondeur du sommet, des fragments d'os longs, un crene et deux mandibu les furent exhumes. L'inhumation collective et simultanee des deux individus etait accompagnee de materiel funeraire. Il y avait deux colliers en coquillages, un collier de perles en cornalines, une epingle a cheveux en cuivre et une pipe en terre cuite. Cette sepulture est dite subactuelle a cause de la petite taille du tumulus et par la presence d'une pipe entiere en ce ramique.

1-2/ Les tumulus coquilliers:

Les tumulus coquilliers du delta du Saloum sur la faiade atlantique sont attribues aux Sereer pour la periode subactuelle. Malheureusement les nombreuses fouilles realisees dans le delta du Saloum n'ont pas permis de connaitre l'origine des bitisseurs des tumulus plus anciens. Les populations autochtones du delta du Saloum sont *sereerisees* entre le XIVe et le XVIe siecle. Les tumulus coquilliers sont caracterises par des inhumations multiples, mais individuelles. Les inhumations etaient successives et augmentaient la hauteur et le diametre du tumulus. Les trois tumulus A, B et C du site de Dioron-Boumak contenaient 39, 40 et 68 squelettes. Parfois les inhumations etaient moindres comme les douze individus trouves dans un tumulus a Soukouta. Les personnes enterrees dans la masse du tumulus et en peripherie etaient vraisemblablement des esclaves domestiques sacrifies ou des gens de la meme famille. Dans le cas d'esclaves, les inhumations ont du etre si multanees. Pour les membres d'une meme famille, le tumulus devait servir de *caveau familial* et les inhumations etaient independantes.

Cette hypothese est la plus solide car elle est prouvee par des textes europeens pre-coloniaux et des temoignages archeologiques. G. Thilmans a realise un sondage de deux metres de profondeur a Faboura. Cet amas coquillier es t plus ancien que ceux cites precedemment, il date du premier siecle de notre ere. G. Thilmans a exhume cinq squelettes, chacun sous un tertre individuel. Les tertres etaient signales par de gros coquillages (Cymbium) perfores artificiellement. Cette fouille confirme l'hypothese de reutilisations successives d'un meme tumulus et reporte cette tradition funeraire au debut du premier millenaire.

L'orientation des squelettes dans les tumulus coquilliers est tres variable. A Toubakouta, un individu etait oriente la tete au nord-est et les pieds au sud-ouest. Il etait couche sur le cite gauche. A Dionewar, un individu etait oriente vers l'Est. Il reposait en decubitus lateral droit, les genoux legerement flechis. De faion generale, tous les squelettes exhumes des tumulus coquilliers sont toujours en connexion anatomique.

1-3/ Les tumulus *Sose*:

Le seul tumulus pre-sereer ayant fait l'objet de fouilles archeologiques et situe entre la zone des amas coquilliers et la zone megalithique est le tumulus de Ndalane. Actuellement, nous ne savons pas si ce type de tumulus a des liens avec ceux du delta du Saloum ou avec ceux de la zone megalithique. Par contre, la parente avec les tumulus sereer ne fait aucun doute. Ces grands tumulus sont anterieurs au peuplement sereer et sont attribues par les Sereer eux-memes aux Sose. Ces edifices occupent une place particuliere au sein des tumulus senegambiens puisqu'ils sont situes entre les tumulus coquilliers a l'Ouest, les tumulus de la zone megalithique a l'Est et les grands tumulus du Nord comme Tiekene. De plus ces tumulus recoupent l'aire d'extension actuelle des tumulus sereer.

La recherche archeologique devrait donc s'orienter vers ce type de tum ulus afin de comprendre les interactions entre les differentes structures funeraires. S. et R. McIntosh englobent, dans leur etude sur la ceramique des tumulus Senegambiens, le site de Ndalane dans la region stylistique de Mbacke. Ils valident ainsi leur datation des tumulus centraux de 700 a 110 0 ap.J.C., car le site de Ndalane est date de 793+-119 ap.J.C.

1-4/ Les tumulus de la zone megalithique:

La region des megalithes est situee autour des affluents de la rive No rd du fleuve Gambie. La roche lateritique affleurante dans le secteur de Nioro-du-Rip (Sine et Saloum) a permis l'edification de ces monuments funeraires en pierre qui different des tumulus de sable, de terre ou de coquilles observes dans le reste de la Senegambie. Toutefois certains sites occident aux de la zone des megalithes comprennent les deux types de monuments. Dans ces sites, les tumulus sont toujours situes a la peripherie des cercles me galithiques. Les tumulus de la zone megalithique possedent souvent une pier refrontale a l'Est, comme le tumulus de Kaffrine fouille par H. Bessac en 1951 ou celui de Diam-Diam fouille par R. Mauny en 1956.

Les pierres frontales a l'Est des structures funeraires circulaires forment un lien entre les cercles megalithiques et les tumulus sereer. De plus la decouverte de poteries renversees et percees d'un trou au pied des mon olithes de Sine-Ngayene confirme ce lien entre les tumulus (sereer) et les megalithes. Une influence culturelle a pu se produire entre les deux regions proches. Mais l'hypothese d'une paternite d'une region sur l'autre n'est pas a rejeter.

Dans la partie orientale du Sine et Saloum, l'equipe d'Alain Gallay realisa en 1981 la fouille du tumulus de Mbolop-Tobe dans la zone megalithique (proche du village de Santhiou-Kohel). Le tumulus fouille faisait une cinquantaine de centimetres de haut, flanque de quatre pierres frontales alignees. Il a livre deux squelettes inhumes simultanement, sans traces de traumatisme et sans mobilier funeraire.

Le tumulus funeraire de Mbolop-Tobe contenait aussi le squelette d'un chien. La tete du chien decapite etait placee sous les pieds de l'individu nB02. C'est un element commun aux tumulus funeraires du Sine et Saloum. Le sacrifice de chiens etait pratique dans la zone megalithique ainsi un squelette de chien decapite fut trouve dans le cercle nB028 de Sine-Ngayene. Des squelettes de chiens en connexion anatomique ont ete aussi exhumes du tumulus coquillier B de Dioron-Boumak. Les animaux ne portaient aucune trace de decoupe de boucherie ou de traumatisme. Cette pratique de sacrifice d'animaux est encore attestee par des textes modernes relatifs aux rites funeraires sereer.

Une des hypotheses d'Alain Gallay est que les nouveaux occupants ont biti des tumulus a but funeraire et sacrificiel autour des anciens lieux de culte. Mais la ceramique associee aux cercles et aux tumulus est la me me. D'apres les dates 14C que nous possedons les cercles et les tumulus ont ete botis a la meme periode, entre le VIIIe et le XIe siecle. Des lors n'y a-t-il pas eu plutot une opposition fonctionnelle entre les cercles, consacres aux sacrifices, et les tumulus pour les inhumations accompagnees de quelques sacrifices? En d'autres termes, ces structures funeraires son t-elles le fruit de populations contemporaines mais distinctes ou d'une acculturation progressive?

1-5/ Les grands tumulus du Nord-ouest:

Enfin en dehors du Sine et Saloum, de grands ensembles de tumulus sont signales dans le Nord de la Senegambie (principalement dans les regions du Bawol, du Djolof et du Waalo). Les groupes les mieux connus sont ceux de Rao-Nguigela et Rao-Massar fouilles par J. Joire en 1941-42. Ces tumulus contenaient des squelettes tres abemes, orientes la tete au Nord-est et les pieds au Sud-ouest. Ils etaient couches sur le dos, le visage tourne vers l'Ouest. Le site de Tiekene, dans le Bawol, est aussi tres celebre pour la taille et le nombre de ses tumulus (un diametre pour certains superieur a 60 m). Les tumulus du Waalo sont caracterises par une ceramique plus tardive (voir ci-dessous). Les sites de Rao-Nguiguela et Massar presentent du mobilier tres rare, concentre aux mains de quelques personnes. L'or, par exemple, est un materiau envie qui devient vite a la mode et que seule la classe dirigeante peut s'offrir le luxe de porter. Ces tumulus funeraires exceptionnels sont les temoins d'un debut d'etatisation de la region du Waalo. Par une approche neo-marxiste on peut reconstituer le schema suivant: les chefs du Waalo contrelent les flux de marchandises afin de degager un surplus de production et d'exercer une domination locale. Le commerce entraine une concentration des richesses et une centralisation du pouvoir. Ce pouvoir politique etait autrefois situe dans la region du Fouta-Toro, entre le Ier et le XIe siecle.

2 -- Evolutions et influences des cultures archeologiques

2-1/ L'etude de la ceramique:

2-1-1/ Considerations generales:

En archeologie, les ethnies sont parfois determinables en fonction des techniques, des formes ceramiques et de l'organisation des zones decorees qui laisse transparatre quelques constantes propres a chaque categorie bien plus que les types de decors. En effet certains recipients ceramiques presentent des caracteristiques propres a une population. Neanmoins la pot erie n'est pas toujours specifique d'une population determinee: les changem ents culturels et les migrations sont difficiles a distinguer. Deux notions sont a connaitre pour interpreter une sequence culturelle. D'abord le mode de peuplement qui est stable ou se deplace. Ensuite le mode d'evolution de la culture materielle qui est continu ou qui rompt avec l'evolution.

La description des ceramiques permettrait une identification culturell e des botisseurs de tumulus. L'objectif est de constituer une seriation (ou typo-chronologie) par site et par zone geographique. Nous aurons ainsi une vision synchronique et diachronique coherente du phenomene des tumulus senegambiens.

Actuellement trois types de ceramiques sont relativement bien connus des chercheurs, il s'agit de la ceramique cannelee au Nord du Senegal, de la ceramique carenee de la zone megalithique et de la ceramique a couvercle du delta du Saloum.

2-1-2/ La ceramique cannelee:

Au Nord-est du Senegal, un type de ceramique est reconnaissable par son engobe lisse bordeaux, ses cordons ajoutes et ses cols canneles. Les cera miques de Sintiou-Bara sont les plus representatives de ce style. Elles sont constituees de coupes a pieds et de pots de petite dimension. L'ornementa tion est constituee de cannelures au niveau des cols (et des pieds pour les coupes), d'un engobe bordeaux et de sillons profonds dans la pite formant des motifs geometriques.

S. et R. McIntosh ont etabli une chronologie ceramique pour la moyenne vallee du fleuve Senegal qui correspond a ce transfert du pouvoir politique. Pendant la phase IV, qui va de 950 a 1200 ap.J.C., l'engobage et les cols canneles sont diffuses jusqu'a l'embouchure du fleuve Senegal. Cette phase est suivie d'un hiatus dans la culture materielle ceramique peut-etre du a l'effondrement des forces politiques dans la region du Fouta-Toro. La phase suivante est plus floue, elle est associee a des pipes a fumer a partir du XVIe siecle.

2-1-3/ La ceramique *subactuelle*:

Les pipes africaines trouvees sur les sites de surface permettent de dater avec certitude ces sites de la periode moderne dite subactuelle: XVI e-XXe siecle. Les pipes a fumer datent du XVIe siecle, des premiers contac ts avec les Europeens; le tabac est en effet introduit en Afrique Occidenta le en 1591 ap.J.C. (mais les Africains ont pu fumer d'autres plantes aupara vant). Les pipes europeennes sont en argile blanche fine, elles different des pipes africaines en pete grise avec un engobe rouge-orange ou noir. Ces pipes cessent d'etre utilisees en 1818 a cause de la defense de Cheikou Amadou de consommer du tabac, neanmoins cette interdiction ne devait pas etre respectee partout.

G. Thilmans a definit une famille de ceramique subactuelle dans son ou vrage *La Protohistoire du Senegal*. Cette famille est appelee toutcouleur en raison de sa similitude avec utilisation d'une pete grise, fine pour certains recipients; - organisation des motifs et decors identiques pour quelques ceramiques: traits ou points incises sur des cordons horizontaux; - presence a Ndalane de tessons de levres bifides (embases), caracteristiqu es de la famille du delta du Saloum.

Tous ces elements laissent penser que les populations du delta du Salo um entretenaient des relations avec l'arriere-pays ou etaient d'une meme or igine culturelle que les populations de Ndalane.

2-2/ Ethnohistoire et rites funeraires:

Les problemes, que rencontre l'archeologue lors de la determination de groupes archeologiques, doivent etre lies aux donnees historiques, voire ethnologiques pour les periodes recentes. Un bref apercu historique de la region du Sine et Saloum permet de comprendre certains aspects de la culture materielle.

La region du Sine et Saloum etait occupee a l'origine par des populations Noon, Ndut et Safeen, selon H. Gravrand (1983). Noon est un mot sere er qui designe *les ennemis*, car les Noon n'ont certainement pas accepte rapidement la colonisation de leurs territoires par les Sereer. Le sous-gr oupe Noon a ete integre tardivement au groupe sereer. Les Noon sont peut-et re les premiers botisseurs de tumulus dans le cas d'une hypothese endogene du phenomene.

Une vague de population Sose arriva ensuite du nord-est. Les Sose vien nent peut-etre du royaume du Ghana entre le VIIIe et le XIIe siecle. Les Soses enterrent aussi leurs morts sous des tertres. Je pense qu'a cette periode se produit une acculturation avec la zone megalithique par l'utilisation de pierres frontales et des sacrifices humains et animaux.

Avec l'arrivee vers le XIIIe siecle des Sereer , les Sose sont soit ab sorbes, soit rejetes. Si les Sose sont les premiers botisseurs de tumulus (hypothese exogene), leur rejet s'est-il fait vers le Nord comme le montr e la dispersion des tumulus tardifs, par exemple Rao?

Les Sereer s'implantent dans le Sine et Saloum a partir du XIIIe siecle. On ne sait pas si l'ethnie Sereer s'est cree au contact des populations deja en place dans le Sine et Saloum ou bien si elle etait deja formee lors de son depart du Tekrur? Sereer est un mot toucouleur qui signifie: *les separes*, cela plaide en faveur d'une formation progressive de l'ethnie sereer a partir de sa migration.

Selon la tradition orale, les Sereer quittent le Tekrur au XIe siecle. Avant de s'etablir dans le Sine et Saloum et traversent prealablement les regions du Waalo, du Djolof et du Bawol. La duree de leur migration est estimee a un ou deux siecles maximum.

Les Gelwaar sont des populations venues du Sud de la Senegambie, du royaume du Gaabu. Ce royaume est certainement l'extension occidentale de l'em pire du Mali entre les fleuves Gambie et Casamance. Le peuplement mandingue est tres important sur la cite atlantique. En effet, de nombreux malink eviennent s'installer au sud du fleuve Gambie a partir du XIIIe siecle. Ces Gelwaar, d'origine malinke, appartiennent a l'aristocratie guerriere et marchande.

Enfin les populations gelwaar se fixent dans la region du Sine et creent le royaume du Djonik au debut du XIVe siecle, avec Kulaar comme capitale. Jusqu'a l'arrivee des Gelwaar, il n'y avait pas de pouvoir central dans le Sine et Saloum. Ces regions s'etatisent parallelement au Grand Jolof avec une meme structure lamanale. Les anciens chefs de lignage deviennent des chefs de territoire (gouverneurs).

Les Gelwaar fondent ensuite le royaume du Sine vers le milieu du XIVe siecle. Ils etablissent leur capitale a Mbissel puis a Diakhao au XVe siecle. Le rituel d'intronisation se fait sur un tumulus funeraire comme pour le royaume du Ghana:

*Maysa Waaly Jon a ete inhume a Mbissel. Un culte lui est rendu dans la rotonde oi la tradition rapporte qu'il a ete enseveli. Les rites du couronnement du Maad a Sinig s'achevaient par une ceremonie a Mbissel pres du tombeau de Maysa Waaly. Toute la nuit, le nouveau Maad devait rester, seul avec son epouse, face au fondateur de la dynastie et s'inspirer de so n esprit pour continuer l'oeuvre politique qu'il entreprit jadis au Senegal , a partir de Mbissel*.

Les Gelwaar ont permis au Sine et Saloum de s'integrer dans un processus general d'etatisation, par contre il semble qu'ils n'aient pas modifie les institutions religieuses et funeraires de la region.

Conclusion :

Les monuments funeraires du Sine et Saloum presentent des caracteristiques communes qui relevent certainement d'un meme fond culturel.

Tout d'abord, les pierres frontales a l'Est des monuments funeraires megalithiques rappellent etrangement les piquets en bois plantes a l'Est des tumulus sereer. Ce lien est renforce par la presence de poteries renversee s et percees d'un trou au pied des monolithes et piquets frontaux.

Ensuite un autre element commun est le sacrifice de chiens et d'animaux en general. Cette pratique de sacrifice d'animaux est encore attestee par des textes Portugais et Francais relatifs aux rites funeraires sereer.

Enfin les poteries du delta du Saloum sont diffusees par voie fluvial e jusqu'a Ndalane et Sine-Ngayene; le sel du Sine et Saloum est exporte dans le Nord du Senegal. Tous ces elements laissent penser que les idees religieuses pouvaient circuler aussi librement que les produits commerciaux.

L'inhumation sous tumulus semble provenir du delta du Saloum, elle s'est greffee aux rites megalithiques et a entraine une transformation progressive des rites funeraires dans le Sine et Saloum. Les tumulus Senegambiens sont surement le resultat de ce brassage ethnique et d'une acculturation entre les populations du delta du Saloum, de la zone megalithique au Nord du fleuve Gambie (Xe-XIIe siecle) et de populations Mande comme les Sose.

Les Sereer et les Gelwaar fossilisent cette tradition funeraire entre le XIIIe et le XIVe siecle. Les tumulus sereer actuels et subactuels serai ent le resultat de ce metissage culturel dans le Sine et Saloum. Un important probleme souleve est le role du delta du Saloum et de la zone megalithique dans la genese des tumulus sereer. Cette acculturation a du se produire entre le VIe et le XIe siecle a la phase Sose.

Les Sose ont peut-etre ete rejetes vers le Nord par les populations Sereer et Gelwaar. Cela expliquerait la diffusion des tumulus vers le Nord, vers Mbacke puis Rao. Ces populations vont rencontrer d'autres ethnies ve nant de l'ancien Tekrur qui s'installent dans le Waalo entre le XIe et le XIIIe siecle.

Plusieurs groupes sont a l'origine des tumulus funeraires au Senegal, d'oi la necessite d'etudes regionales. Les tumulus funeraires pourront ensuite etre divises en sous-groupes regionaux. Seule une demarche *ethno-archeologique* mettra en evidence les cult ures materielles ceramiques propres a chaque ethnie et sous-groupe linguistique. Cela permettra de comprendre les anciens mouvements de populations s' ils existent. Car l'hypothese de lentes migrations ou de conversions par acculturation reste preferable a un grand modele diffusionniste.

Apres la moyenne vallee du fleuve Senegal, la region du Sine et Saloum apparait donc comme un secteur clef dans la comprehension de l'archeologie historique Senegalaise.

BIBLIOGRAPHIE SELECTIVE

Becker, C. et Martin, V. 1982. 'Rites de sepultures preislamiques au Senegal et vestiges protohistoriques', *Archives Suisses d'Anthropologie Generale*, tome.46-fasc.2, pp. 261-293

Bocoum, H. 1986. *La Metallurgie du Fer au Senegal, These pour le Doctorat de 3eme cycle*, Universite Pantheon-Sorbonne, Paris

Bocoum, H. 1990. 'Contribution a la connaissance des origines du Takrour', *Annales de la Faculte des Lettres et Sciences Humaines*, Universite de Cheikh Anta Diop, Dakar, pp. 159-178

Bocoum, H. 1993. *Archeologie et histoire au Senegal, L'Age d'Or du Senegal*, Musee departemental de Solutre, Solutre, pp. 21-35

Boulegue, J. 1987. *Le Grand Jolof, Faiades-Karthala*, Paris

Boulegeu, J. 1987. *Contributions a l'Histoire du Senegal*, Cahiers du CRA, Karthala-AFE RA, Paris

Chavane, B. 1985. *Villages de l'ancien Tekrour, Karthala- CRA*, Paris

Clos-Arceduc, A. 1962. 'Les tumulus de la region de Mbacke (Senegal)', *Notes Africaines*, pp. 88-91

Descamps, C; Thilmans, G.et Thommeret, Y. 1974. 'Donnees sur l'edification de l'amas coquillier de Dioron-Boumak (Senegal)', *Bulletin ASEQUA*, pp. 67-83

Descamps, C.et Thilmans, G. 1979. 'Les tumulus coquilliers des Iles du Saloum (Senegal)', *Bulletin ASEQUA*, pp. 81-91

Diop, B. 1985. 'Les sites archeologiques du Bawol. Approche ethnographique: sites dits protohistoriques, villages desertes ou gents', *Memoire de Maitrise*, Dakar

Gallay, A; Pignat, G.et Curdy, P. 1982. 'Mbolop Tobe (Santhiou- Kohel, Senegal). Contribution a la connaissanc e du megalithisme Senegambien', *Archives Suisses d'anthropologie generale*, tome 46-fasc.2, pp. 217-259

Gravrand, H. 1983. *La Civilisation Sereer*, Dakar

Joire, J. 1955. 'Decouvertes archeologiques dans la region de Rao (Bas-Senegal)', *Bulletin de l'IFAN-serie B*, tome 17, pp. 249- 333

McIntosh, S.K.et R.J. 1992. 'The Middle Senegal Valley Project: Preliminary results from the 1990-91 field season, Nyame Akuma', *Bulletin of Society of Africanist Archaeologists*, pp. 47-61

McIntosh, S.K.et R.J. 1992. 1993. 'Field Survey in the tumulus zone of Senegal', *The African Archaeological Review*, pp. 73- 107

Thilmans, G; Descamps, C.et Khayat, B. 1980. *Protohistoire du Senegal: Les Sites Megalithiques*, tome I, Dakar

Thilmans, G. et Ravise, A. 1980. *Protohistoire du Senegal: Sintiou-Bara et les sites du fleuve, tome II, Dakar

Stephane Pradines
e-mail: pradapea%siam@cal.fr

COPYRIGHT NOTE: Copyright remains with authors, but due reference should be made to this journal if any part of the above is later published elsewhere.

Electronic Antiquity Vol. 3 Issue 6 - February 1997
edited by Peter Toohey and Ian Worthington
antiquity-editor@classics.utas.edu.au
ISSN 1320-3606

DLA Ejournal Home | Electronic Antiquity Home | Table of Contents for this issue | Search ElAnt and other ejournals